L'auteur

Vincent BAUDOIN

 

vbaudoin

 

"Réflexions sur la politique en général

et sur la gauche en particulier "

 

Secrétaire de section du Parti Socialiste

du Pays de Bécherel

Conseiller Fédéral P.S. d'Ille et Vilaine 

 

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Points de vue

Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 19:09

Nicolas Sarkozy a évoqué la modulation de la dotation de l’Etat aux collectivités locales en fonction de leurs efforts budgétaires. Doivent-elles participer aussi à cet effort ?

 
C’est ce qu’elles font depuis de nombreuses années. Elles ont encore du grain à moudre. Mais j’ai observé un président de la République qui n’est pas très expérimenté en matière de collectivités territoriales, car la règle d’or s’applique pour nous. Je rappelle qu’on n’a pas le droit de financer un budget en déséquilibre. Sinon on va devant la chambre régionale des comptes. Quand on empreinte de l’argent, c’est pour financer un investissement. Mais je peux le comprendre de la part du chef de l’Etat, il n’a été que maire de Neuilly et président du conseil régional des Hauts-de-Seine, qui sont des collectivités particulières…

 

Nicolas Sarkozy souligne souvent que les collectivités ont créé des postes de fonctionnaire alors que l’Etat en a supprimé. Y a-t-il des ajustements possibles ?

 
Nicolas Sarkozy doit être extrêmement rigoureux. Il devrait connaître un peu mieux ses dossiers. Je rappelle que la loi de 2004 a transféré la compétence d’entretien des collèges et lycées aux départements et régions. Ça fait 75.000 fonctionnaires auxquels il faut ajouter 25.000 pour les services de l’équipement qui nous ont aussi été transférés. Or le chef de l’Etat dit que les collectivités ont augmenté leur personnel de 500.000 personnes, sans nouveau transfert de compétences. Alors que c’est faux, il y a bien eu transfert de compétences.

Aujourd’hui, vue la nouvelle donne financière dans laquelle se trouvent les collectivités depuis 2008, on n’est pas resté sans rien faire : on mutualise les moyens, on renforce la coopération. Là où deux fonctionnaires faisaient la même chose dans deux collectivités proches, mairie et communauté de commune par exemple, on a mutualisé, comme sur les parcs départementaux de l’équipement. On est déjà dans un processus de rationalisation. Les élus ont toujours eu le sens du pragmatisme, ils n’ont pas attendu que le gouvernement leur dise comment faire. Moi, dans mon département, l’Etat me doit 124 millions d’euros sur les allocations de scolarité. J’ai économisé, j’ai rationalisé. Je veux bien qu’il nous demande des efforts, mais il doit prendre en compte les efforts déjà faits. Que Nicolas Sarkozy arrête de stigmatiser les collectivités et leurs élus. Il faut un climat de confiance. Mais il ne lui reste pas beaucoup de temps pour le faire.

 

Selon le Président, l’Etat serait vertueux, les collectivités dépensières…

 


C’est l’inverse ! Les collectivités ont apporté la preuve de leur efficacité. C’est pour ça que j’approuve le discours de François Hollande. Il a compris qu’il faut approfondir  la décentralisation pour lutter contre la crise. Les collectivités font mieux que l’Etat sur certains domaines. La sécurité, la police, c’est l’Etat. Mais il y a des doublons sur la jeunesse et les sports. Il y a les directions régionales des affaires culturelles. Les collectivités financent à 80 % ces deux secteurs : qu’on nous les donne.

 

 

Vous défendez un « pacte de confiance » entre Etat et collectivités.  Inclut-il les questions budgétaires ?

 


Bien sûr, il s’appelle « pacte de confiance, territorial et fiscal ». J’étais prêt à négocier avec le gouvernement Fillon. Mais ça n’a pas été possible. Il faut respecter le vote des citoyens. On travaille ensemble. Mais là, il n’a de cesse de stigmatiser les collectivités territoriales. On est dans une approche extrêmement libérale.

 

 

Avez-vous les sentiments que Nicolas Sarkozy veut punir les collectivités, qui sont majoritairement de gauche ?


Bien sûr, il y a des arrière-pensées. Comme si les collectivités de gauche étaient extrêmement dépensières, irresponsables. Il oublie qu’il ne fait pas plaisir non plus à ses propres amis. Les uns et autres sont de bons gestionnaires. Cela procède d’un discours extrêmement populiste, voire démagogique. La démocratie, c’est quelque chose de fragile. On attend qu’il respecte les institutions de la République. Je demande un climat de confiance, de relations apaisées pour construire des politiques publiques ensemble qui répondent aux attentes de nos concitoyens.

 

In public Sénat

 

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Mercredi 11 janvier 2012 3 11 /01 /Jan /2012 20:12

Basta ! : Craignez-vous que la crise financière amplifie celle de la faim dans le monde ?

 

Jean Ziegler : Tous les cinq secondes, un enfant de moins de 10 ans meurt de faim. Près d’un milliard d’humains sur les 7 milliards que compte la planète souffrent de sous-alimentation. La pyramide des martyrs augmente. À cette faim structurelle, s’ajoute un phénomène conjoncturel : les brusques famines provoquées par une catastrophe climatique – comme en Afrique orientale, où 12 millions de personnes sont au bord de la destruction – ou par la guerre comme au Darfour. En raison de la crise financière, les ressources du Programme alimentaire mondial (PAM), chargé de l’aide d’urgence, ont diminué de moitié, passant de 6 milliards de dollars à 2,8 milliards. Les pays industrialisés ne paient plus leurs cotisations car il faut sauver la Grèce, l’Italie et les banques françaises. Une coupe budgétaire qui a un impact direct sur les plus démunis. Dans la corne de l’Afrique, le PAM est contraint de refuser l’entrée de ses centres de nutrition thérapeutique à des centaines de familles affamées qui retournent dans la savane vers une mort presque certaine.

 

Et les financiers continuent de spéculer sur les marchés alimentaires. Les prix des trois aliments de base, maïs, blé et riz – qui couvrent 75 % de la consommation mondiale – ont littéralement explosé. La hausse des prix étrangle les 1,7 milliard d’humains extrêmement pauvres vivant dans les bidonvilles de la planète, qui doivent assurer le minimum vital avec moins de 1,25 dollar par jour. Les spéculateurs boursiers qui ont ruiné les économies occidentales par appât du gain et avidité folle devraient être traduits devant un tribunal de Nuremberg pour crime contre l’humanité.

 

Les ressources de la planète suffisent à nourrir l’humanité. La malnutrition est-elle seulement une question de répartition ?

 

Le rapport annuel de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) estime que l’agriculture mondiale pourrait aujourd’hui nourrir normalement [1] 12 milliards d’humains, presque le double de l’humanité. Au seuil de ce nouveau millénaire, il n’y a plus aucune fatalité, aucun manque objectif. La planète croule sous la richesse. Un enfant qui meurt de faim est assassiné. Il n’est pas la victime d’une « loi de la nature » !

 

Au-delà de la spéculation, quelles sont les autres causes de la faim dans le monde ?

 

Tous les mécanismes qui tuent sont faits de main d’homme. La fabrication d’agrocarburants brûle des millions de tonnes de maïs aux États-Unis. L’océan vert de la canne à sucre au Brésil mange des millions d’hectares de terres arables. Pour remplir un réservoir de 50 litres de bioéthanol, vous devez brûler 352 kg de maïs. Au Mexique ou au Mali, où c’est l’aliment de base, un enfant vit une année avec cette quantité de maïs. Il faut agir face au réchauffement climatique, mais la solution ne passe pas par les agrocarburants ! Il faut faire des économies d’énergies, utiliser l’éolien, le solaire, encourager les transports publics.

 

Autre élément : le dumping agricole biaise les marchés alimentaires dans les pays africains. L’Union européenne subventionne l’exportation de la production européenne. En Afrique, vous pouvez acheter sur n’importe quel étal des fruits, des légumes, du poulet venant d’Europe à quasiment la moitié du prix du produit africain équivalent. Et quelques kilomètres plus loin, le paysan et sa famille travaillent dix heures par jour sous un soleil brûlant sans avoir la moindre chance de réunir le minimum vital.

 

Et la dette extérieure des pays les plus pauvres les pénalise. Aucun gouvernement ne peut dégager le minimum de capital à investir dans l’agriculture, alors que ces États ont un besoin crucial d’améliorer leur productivité. En Afrique, il y a peu d’animaux de traction, pas d’engrais, pas de semences sélectionnées, pas assez d’irrigation.

 

Enfin, le marché agricole mondial est dominé par une dizaine de sociétés transcontinentales extrêmement puissantes, qui décident chaque jour de qui va vivre et mourir. La stratégie de libéralisation et de privatisation du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque mondiale et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a ouvert la porte des pays du Sud aux multinationales. La multinationale Cargill a contrôlé l’an dernier 26,8 % de tout le blé commercialisé dans le monde, Louis Dreyfus gère 31 % de tout le commerce du riz. Ils contrôlent les prix. La situation est la même pour les intrants : Monsanto et Syngenta dominent le marché mondial – donc la productivité des paysans.

 

Que faire face à cette situation ?

 

Ces mécanismes, faits de main d’homme, peuvent être changés par les hommes. Mon livre, Destruction massive, Géopolitique de la faim, malgré son titre alarmant, est un message d’espoir. La France est une grande et puissante démocratie, comme la plupart des États dominateurs d’Europe et d’Occident. Il n’y a pas d’impuissance en démocratie. Nous avons toutes les armes constitutionnelles en main – mobilisation populaire, vote, grève générale – pour forcer le ministre de l’Agriculture à voter pour l’abolition du dumping agricole à Bruxelles. Le ministre des Finances peut se prononcer au FMI pour le désendettement total et immédiat des pays les plus pauvres de la planète.

 

La crise de la dette européenne rend cette position plus difficile à envisager…

 

Elle complique la situation. Mais la taxe Tobin, quand elle a été proposée par Attac il y a quinze ans, était qualifiée d’irréaliste. Aujourd’hui, elle est discutée par le G20 ! Les organisations internationales sont obligées de constater la misère explosive créée par la hausse des prix des matières premières. Un chemin se dessine. Nous avons un impératif catégorique moral – au-delà des partis, des idéologies, des institutions, des syndicats : l’éveil des consciences. Nous ne pouvons pas vivre dans un monde où des enfants meurent de faim alors que la planète croule sous les richesses. Nous ne voulons plus du banditisme bancaire. Nous voulons que l’État à nouveau exprime la volonté du citoyen, et ne soit pas un simple auxiliaire des entreprises multinationales. Ces revendications créent des mouvements dans la société civile.

 

La crise ne risque-t-elle pas de provoquer une montée du populisme en Europe, plutôt qu’un nécessaire sursaut des consciences ?

 

La lutte est incertaine. Le chômage et la peur du lendemain sont les terreaux du fascisme. Mais il y a une formidable espérance à la « périphérie », comme le montrent les insurrections paysannes pour la récupération des terres que les multinationales se sont appropriées au nord du Brésil et du Sénégal, au Honduras ou en Indonésie. Si nous arrivions à faire la jonction, à créer un front de solidarité entre ceux qui luttent à l’intérieur du cerveau de ces monstres froids et ceux qui souffrent à la périphérie, alors l’ordre cannibale du monde serait abattu. J’ai d’autant plus d’espoir que l’écart entre Sud et Nord se réduit, parce que la jungle avance. La violence nue du capital était jusqu’ici amortie au Nord, par les lois, une certaine décence, la négociation entre syndicats et représentants patronaux. Aujourd’hui, elle frappe ici les populations humbles. Il faut montrer la voie de l’insurrection et de la révolte.

 

Propos recueillis par Élodie Bécu

bastamag.net

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Jeudi 15 septembre 2011 4 15 /09 /Sep /2011 08:53

L'effondrement de la valeur boursière des banques françaises et européennes ouvre une deuxième crise bancaire majeure après celle de 2007-2008. L'intervention prochaine des États et de la Banque centrale européenne pour sauver les banques apparaît inéluctable. Mais cette fois-ci, les citoyens n'accepteront pas de payer la facture sans rien changer au fonctionnement du système bancaire. La monnaie est un bien commun et ne peut être laissée dans les mains d'actionnaires privés. Il faut socialiser le système bancaire. Attac propose la transformation des établissements sous perfusion en banques coopératives d'intérêt collectif :

 

 

Une crise prévisible

La crise de 2007-2008 avait été provoquée par les dérives d'une finance irresponsable et d'un modèle économique et social inégalitaire et prédateur. Le sauvetage des banques et surtout la récession ont déstabilisé les finances publiques. L'actuelle « crise de la dette » en Europe n'est rien d'autre que la réplique de ce premier séisme sur le château de cartes des traités européens. Car ceux-ci avaient créé une monnaie unique entre des pays hétérogènes sans budget commun, sans politique de convergence sociale et sans protection contre la spéculation financière mondiale. Le choc de 2008 a ébranlé la zone euro, et les premiers maillons faibles – Grèce, Irlande, Portugal... - sont en train de céder. Les irresponsables politiques européens n'ont rien vu venir de ce qui était pourtant annoncé depuis longtemps par nous et bien d'autres. Ils continuent à courir de sommet en réunion d'urgence comme des rats affolés dans une cage soumis par la finance à des chocs électriques auxquels il ne comprennent rien. Leur tentative désespérée d'imposer une hyper-austérité destructrice sous prétexte de réduire la dette publique ne peut déboucher que sur une catastrophe.

Réinventer les banques

L'Union européenne prétend maintenant adopter la taxe Tobin que nous proposons depuis plus de 10 ans. C'est très bien, mais c'est trop peu, trop tard ! Il faut bien sûr prendre des mesures drastiques contre la spéculation et repenser la construction européenne ; mais on ne peut plus éviter de repenser complètement les finalités mêmes et les modes de gouvernement des banques. Leur rôle doit être de financer l’économie, pas de construire des châteaux de cartes pour les investisseurs financiers et des machines à cash pour leurs actionnaires. Le cours des actions des banques européennes est en train de tomber à un niveau où il va devenir possible pour les États d’acheter l’essentiel à bon compte. Il faut saisir cette occasion pour entreprendre de socialiser non pas les pertes mais le système bancaire lui-même. Socialiser, ce n’est pas nationaliser pour redresser et revendre. Ce n’est pas non plus étatiser pour s’en remettre à une gestion technocratique, parfois pire que la gestion privée. Socialiser, c'est placer les banques sous le contrôle de la société, pour qu'elles financent des activités utiles socialement et écologiquement, choisies démocratiquement, créatrices d’emplois, de revenus, de cohésion sociale.

Pour des banques coopératives d'intérêt collectif

Nous proposons de sauver les banques à la condition qu'elles soient transformées en banques coopératives d’intérêt collectif. SCIC (société coopérative d'intérêt collectif) en France, « entreprise sociale » dans d'autres pays, on pourrait créer un tel statut au niveau de l’Union. Dans ces banques – de portée régionale, nationale ou européenne - les pouvoirs publics (Régions, États ou autorités publiques européennes) auraient la majorité des voix au Conseil de surveillance ; mais seraient aussi représentés, dotés de minorités de blocage, les salariés du système bancaire (via des représentants élus), les PME, les collectivités locales (pour tenir compte de la diversité territoriale) et la société civile, en particulier les syndicats, les usagers et les associations écologistes. Ces banques ne spéculeraient pas sur les marchés et n'auraient pas de liens avec les paradis fiscaux. L'équilibre des pouvoirs y garantirait une gestion conforme aux intérêts de la société. Dans le cadre de politiques macroéconomiques durables, définies par les pouvoirs publics élus aux plans national et européen, ces coopératives bancaires pourraient pratiquer des taux d’intérêt modulés en fonction de l’utilité sociale et écologique des projets. Une Banque centrale européenne profondément réformée aurait pour tâche de surveiller ce système, d’en assurer l’équilibre de façon à prioriser l’emploi, la cohésion sociale, la préservation de l’environnement, tout en contenant les dérapages inflationnistes.

Alors que la France et l’Europe, vont probablement être touchées dans les mois et années à venir par une nouvelle hausse du chômage, il y a urgence à développer des investissements massifs, publics et privés, dans des programmes coordonnés d’innovation et de développement concernant les économies d’énergie (en particulier dans le bâtiment et les transports), les énergies renouvelables, l’agriculture paysanne et biologique, les services publics et de proximité...

La création d’un secteur bancaire socialisé et démocratisé est seule de nature à réorienter l’économie européenne vers un sentier de développement durable. Alors que les propriétaires du capital et leurs représentants politiques tentent de faire payer leurs dettes et leur crise aux citoyens européens, ceux-ci doivent imposer que la démocratie prenne les commandes. Attac portera cette exigence le 15 octobre prochain dans une journée d'action européenne à l'appel des Indignés espagnols, notamment par des rassemblements unitaires et des actions symboliques et ludiques devant les agences bancaires partout en France. Au contre-G20 qui se tiendra à Nice du 1er au 3 novembre, nous tiendrons le Tribunal de la finance, qui jugera les banques prédatrices actuelles et permettra d'entrevoir le système bancaire de demain.

Attac France,
Paris, le 14 septembre 2011

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